jeudi 4 août 2011

[en passant] pointillisme et pixel art

Encore une fois, deux artistes qui collent bien ensemble.

David Mach


Fait des sculptures de têtes d'humains en têtes d'allumettes. Et parfois y fout le feu, sinon c'est pas drôle.

D'ailleurs beaucoup de ses autres installations sont temporaires, et juste construites pour un lieu, comme ses carcasses de voitures noyées dans des tonnes de papier jour.

Aime aussi les pneus, les cintres et les cabines téléphoniques rouges. Puis les trains et les sous-marins.

Ah et il est écossais.


Nick Hall et Cube Works

Sont des champions du Rubiks Cube. Ils connaissent le truc. Et sont dans le Livre des Records.

Assez fan de Pop Art. Aiment aussi Clint Eastwood, Jésus, David Bowie et Audrey Hepburn... surtout quand leur tête finit dans des beaux salons.

N'ont pas encore tenté d'y foutre le feu. Se disent que ça doit sentir mauvais. Puis que ça fait des taches sur les beaux tapis.

Ah, et ils vivent à Toronto.

***
Voilà.

mardi 2 août 2011

une corde à son arc

Les vidéos de gym à la maison, c'est bien mais parfois on a vraiment envie de sortir de sa maison-grotte pour se souvenir que le monde est réellement peuplé de petits lutins, que le ciel est parfois bleu et que le train, c'est déjà un goût du voyage.
Dernièrement, j'ai donc eu la chance de bouger mes fesses vers la capitale afin de participer à un workshop animé par deux danseuses/performeuses à l'univers et au savoir-faire bien particulier : Dasnyia Somer et Frances d'Ath.

Thème de la semaine : Yoga et shibari.

Le yoga, ça va, tout le monde situe plus ou moins : on entortille bras et jambes dans des positions improbables et on tente de garder l'équilibre en respirant profondément (mais si hein, vas-y... RESPIRE...mais RESPIRE puis relâche tes muscles aussi, tant que tu y es - oui, sans tomber- ...trop tard). Puis après, on fait la "salutation au soleil" (Oh, joli soleil, regarde ma salutation. Quoi, qu'est-ce que tu lui trouves à ma salutation. Ouais, c'est ça, va bouder) et à la fin, eh bien on est tout relâché de l'intérieur et dégourdi du mollet. Mais que les choses soient claires, alors qu'il existe la version mamie, qui ressemble en gros à une bonne séance de relaxation des familles, nous avions droit à la version yogi 3e dan avec un cross-over contorsionniste : du costaud où vous vous retrouvez au final à tenir votre orteil gauche avec votre main droite passée derrière votre dos, en tenant sur une jambe et après si ça va tu peux aussi te plier en deux et monter sur la pointe du pied (mais respire hein!).
Ceci dit, sérieusement, après 1h30 de pratique, vos muscles sont profondément dénoués et échauffés, votre corps tout aligné (genre je dois au moins mesurer 1m51 et demi maintenant), et vous vous sentez concentré et plein d'énergie. Prêts pour passer à la suite.

Le shibari donc. C'est quoi ce truc?
Ceux qui auront le réflexe de googler le bazar auront la curieuse surprise de tomber sur des sites interdits aux moins de 18 ans (tiens là tout d'un coup je viens d'augmenter mon lectorat qui passe de 5 à 50 personnes).

http://www.kybari.com/
Le shibari est en effet une technique japonaise d'immobilisation d'une personne à l'aide de cordes.
(Japon, "terre de contraste entre tradition et modernité", au cas où vous l'auriez oublié). Au temps des samouraïs (en gros et pour faire simple), on attachait les prisonniers avec des cordes (parce qu'il n'y avait pas assez de prisons et que les menottes ne courraient pas les rues, par contre le chanvre se reproduisait comme des petits pains). Mais vu que les japonais sont des personnes parfois civilisées et très respectueuses de la hiérarchie, ils ligotaient leur proie avec plus ou moins d'élégance suivant son statut social et la peine qu'il avait commise. Par exemple, l'utilisation des boucles, plutôt que de nœuds, marquait le statut entre présumé coupable et coupable (histoire de ne pas trop se taper la honte devant les voisins).
A force, ils sont donc devenus des sortes d’experts en emballage cadeau à faire pâlir les vendeurs de la Marque Jaune (ça c'est juste une grosse private joke, vous cassez pas la tête). Et comme ils ont le sens des dérivés, ils en ont fait, entre autres, un art martial, le hojo jutsu, un art d'emballer les objets, le furoshiki, et un art érotique de ficeler les gens, le kinbaku (le terme shibari semble être le plus générique -l'art de lier avec une corde-, mais c'est quand même très flou).

Et donc tu fais ça?

...se demande le lecteur, tout d'un coup intéressé/dégoûté/inquiet/blasé/curieux/... (barrer les mentions inutiles)
Eh bien, je répondrais que comme le pole dance n'est pas réservé aux gogo danseuses, la pratique du shibari n'est pas la propriété exclusive des porteurs de cagoules en latex.
Cette pratique m'inspire au niveau chorégraphique, tant par la relation qu'elle instaure entre les protagonistes, que par les possibilités spatiales et graphiques que permet l'utilisation de cordes. Cela mène aussi à explorer des thèmes comme la douleur, le rituel, les relations de pouvoir, l'exploration des limites, ou encore la sensualité ou le lien, qui sont naturellement très riches. Enfin, cela rejoint des explorations que j'avais entreprises auparavant, comme celle de l'extrême lenteur.

D'ailleurs, je ne suis pas la seule.

Certains artistes ont déjà fait sortir les cordes des caves sombres-zé-humides pour les utiliser de manières détournées, ludiques, ou en revisitant l'esthétique traditionnelle. Dasnyia et Frances en sont deux exemples magnifiques. Leur travail a d'ailleurs été remarqué par Romeo Castellucci qui a fait appel à elles pour la mise en scène de son opéra Parsifal à la Monnaie.

En voici d'autres.

Ainsi, Fred Kyrel (Kybari, voir photo ci-dessus) est passé du statut de photographe fétichiste à un univers plus personnel et humoristique. Il a notamment repris les codes iconiques de la photo de mode pour les appliquer à ses créations vestimentaires composées uniquement de cordes. Du fashion shibari haut en couleur (et haut en prix aussi - 250 euros pour un sac en corde, autant se remettre au macramé). Sinon, pour l'anecdote, le body de la rouquine sur la photo a quand même nécessité 104 mètres de cordes. Pas mal.


Kenedy James, également connu sous le nom de Jimmy Owenns, est Française (ça me semblait utile de préciser). Elle a réalisé une série, "serial bondage", constituée de mini-chaises de maison de poupées ficelées façon shibari.

Dans un style similaire, Thomas Duval propose une série de photographies nommée "bondage vegetal" qui présentent des légumes ligotés.

Et tout d'un coup, j'imagine sur un menu de resto hype :
"roti de porc façon shibari"
Soit.


Un peu de musique pour terminer :