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mercredi 15 août 2012

Quand les hongrois font dans le NSFW



autoportrait en viande de porc
Vous vous souvenez de Taxidermia, le film de Gyorgy Palfi? Eh bien le travail de Geza Szollosi ( ' ¨ ~'¨ à placer où vous voulez dans les deux noms) vous replonge dans la même atmosphère de chair plus ou moins fraiche, de tripes et d'érotisme déviant.
Et pour cause, cet artiste trentenaire tout aussi hongrois a travaillé comme graphic designer pour le sus-dit film (notamment la création de l'affiche japonaise, tiens donc).


Szerénke style
Son "Flesh Project"  (le plus impressionnant) reprend notamment une série de portraits, auto-portraits et autres vagins reconstitués... au moyen de viande de porc. Le corps, la femme, le sexe, la mort, la viande.
Et c'est clair que la viande, on se la prend en pleine face! Et celle-là n'est pas plastinée. Un peu comme si Mary Shelley s'était penchée sur les clônes manqués de Ripley, au moins.
La réaction est épidermique, forcément. Et je n'imagine pas ce que cela doit donner quand on le voit en vrai. Avec Szerénke Style, par exemple, on apprend qu'il veut évoquer en un objet une société donnant lieu tant à des reconstructions esthétiques des grandes lèvres qu'à des mutilations génitales. Le résultat est puissant et dérangeant, indéniablement.
A côté de cela, ses oeuvres animalières plus proche de la tradition taxidermiste paraissent bien sages.

vendredi 20 janvier 2012

Des envies tentaculaires

Un mini-calamar géant trône sur mon bureau, juste en dessous de mon trophée-tête-de-cerf -diy et à côté de la carte postale "lovely (bol)locks" de Mademoiselle Catherine.
Décor planté.
Tout ça pour dire que je suis fascinée par les trucs à tentacules (et ne me demandez pas si c'est sexuel : est-ce que je vous demande si vous envoyez vos slips à des quarantenaires japonais?). D'abord.

Octopus Chair. Maximo Riera
Donc, l'espagnol Maximo Riera, brave garçon, fabrique des trucs avec des tentacules. Entre autres. Et on peut s'asseoir dedans (pour regarder son hentai favori). Confortablement. En plus. Et, franchement, avouez que ça a quand-même plus de gueule qu'un Fatboy® . Alors, c'est clair que ça coûte un pont : 35000 £ sur Firebox. Puis bon, il n'y a que 20 exemplaires (qu'est-ce que vous attendez pour me l'offrir les gars?). La pieuvre a été sculptée dans de la mousse et peinte à la main, probablement avec beaucoup d'amour dedans.
Non mais attendez, VOUS AVEZ VU LA GUEULE DE CE FAUTEUIL ? Mieux qu'un trône, une nouvelle manière de s'asseoir. On l'entend presque glisser.

Ceci dit, cela prend de la place et, à moins de virer votre piano à queue, ça va être costaud pour caser ça dans votre 45m2 IKEA.
Par contre. Un lustre peut être du plus bel effet (ceux-ci sont vraiment très kitch). Ou au pire, achetez un crochet et trois. bouts de laine, et fabriquez-en un vous même. Je vous donne même la marche à suivre. Vous verrez, ça revient vite ces trucs-là. Et si vous êtes désespérés après 5 tentatives, rabattez-vous sur un bout de gâteau.

Alors, juste avant de partir. Il est clair que Mister R. n'est pas le seul à faire dans le mariage meuble/animal.
Par exemple, Miss Pokeno (aka Alannah Currie, la nana du groupe Thompson Twins -c'était les années 80, vous pouvez oublier maintenant) fait, elle, dans le champêtre en incrustant des renards dans le dossier de ses fauteuils. C'est moins grandiose, mais ça tient plus chaud. Idéal au coin de la cheminée, avec des grosses chaussettes, et une pelote de laine et un crochet (oui oui, j'insiste, vous verrez, vous ne pourrez plus vous arrêter).
A côté de ce fauteuil, elle a également ligoté un cygne dans l’accoudoir d'une sorte de chaise longue (ouais, je ne connais pas le nom de ce truc-là). Version shibari. Vous voyez, on y revient toujours. Voilà une tite photo.

Prochaine fois : les méduses.

mardi 14 juin 2011

[en passant] Transparence et camouflage

Il m'arrive, lors de mes vagabondages virtuels, de tomber sur des artistes dont les réalisations s'entrecroisent admirablement. Je ne sais pas trop pourquoi. Parfois juste un détail qui appelle l'autre.

Tableau du jour : où l'on parle d'animaux morts (tiens donc) et d'extrême lenteur (ben oui) sur un  fond arc-en-ciel (on ne se refait pas).

Le japonais Iori Tomita a probablement voulu troquer son poisson rouge de quand-il-était-petit avec un poisson-football. Mais son papa lui a dit que ça n'était pas possible parce que ces poissons habitaient très très profond dans la mer et que là, il n'aurait pas pied (bête excuse, soit dit en passant). Donc quand il est devenu grand et qu'il a pu faire ce qu'il voulait, il a pris des poissons des abysses (parce que quand même un poisson-vipère ça roxxe) et a voulu faire ressortir leur côté disco (hein? Abba?). Pour cela, il leur enleva les écailles, et plongea les créatures dans un bain qui rend le cartilage bleu. (Une souris verteuuuuuuuh, etc, etc.) Tomita utilisa ensuite une enzyme digestive appelé trypsine, ainsi qu’une foule d’autres produits chimiques très très fun qui décomposent les protéines et les muscles (scrunch scrunch scrunch). Jusqu'au moment où ils deviennent transparents. Les os sont ensuite colorées et la créature est conservée dans un bocal de la glycérine (applaudissements). Bon, pour en arriver là, faut quand même être un peu patient (entre 5 mois et 1 an pour tout le processus), mais avouez que ça s'accorderait admirablement avec votre lampe à lave.
NB : si quelqu'un va/est au Japon et veut m'en ramener un, je lui en serai particulièrement reconnaissant (entre 2000 et 20000 yens, c'est plutôt donné). L'artiste n'a pas encore trouvé de moyen de transport adéquat pour les vendre hors Japon. Vous pouvez les trouver au Tokyu Hands, sorte de Harrods japonais au vu de leur slogan.

Le coréen Lee Yong-Baek, lui, a probablement été élevé par une belle bande de hippies. Pour son anniversaire, il avait demandé des GI Joes. Ce fut un non catégorique. Enfin, catégorique version hippie : "Tu vois Lee (hors de question de l'appeler "fils", cela instaure une relation de pouvoir qui risque de dénaturer son moi profond), nous refusons de t'exposer à un incitant de haine et de destruction envers tes semblables. Ton karma doit rester pur, etc etc, te recentrer sur ton toi-même et manger du tofu" (argument inutile, soit dit en passant). Quant il est devenu grand (enfin moyen grand parce qu'il est coréen), Lee écouta du Culture Club importé de ses parents hippies (Karma karma karma karma, karma chameeeeeleeeeeeeeon...), eut une illumination et devint artiste. Il camoufla ses soldats avec du pot pourri et invita ses parents qui n'y virent que du feu (ooooh, une fleur, deux fleurs, des millions de fleurs, oooooh c'est beauuuuu). Puis, le 7e jour, Lee anima le tout et vit que c'était bon (non mais elle l'a fumé son pot pourri la p'tite).


PS: la rédaction s'excuse auprès des artistes, il se peut que leur biographie ait été un peu écornée.

vendredi 29 avril 2011

Taxidermie, un an après (part 2)

Peu de temps après, autre expo à deux pas de ma maison grotte-mirador.

Un lion sur mon drap de lit

L'expo se déroule cette fois dans la galerie d'art/salle de vente/magasin de meubles-et-déco d'un hôtel particulier. La mise en scène est parfois un peu jetée (les animaux sont posés ça et là entre deux fauteuils, avec pour principale étiquette leur prix). Mais le décor est flamboyant et les éclairages très biens pensés. On se perd avec plaisir dans le dédale des pièces, à la recherche des animaux.
"Oh, regarde, un lion sur le couvre-lit à 3750 €! Oui, et là,viens, y a un crocodile entre les chaises de jardin! Et le bébé rhino, t'as vu le bébé rhino? Steuplait, on prend le même à la maison?"

Bref.


  
L'auteur de ces merveilles est Jean-Pierre Gérard (que j'avais déjà évoqué ici). Issu d'une tradition familiale de près de 140 ans au service de la taxidermie, ce monsieur fourni une vingtaine de musées d’histoire naturelle en Europe, mais aussi de célèbres collectionneurs étrangers comme l’Emir du Qatar. Ici, il nous présente des ours, girafes, oiseaux, ou encore des hippopotames, zèbres et autres girafes recréés au moyen des plus récentes techniques. Pour les grosses, pièces, plus question de rembourrage en paille. Une sculpture en mousse de polyuréthane est réalisée, puis habillée de la peau de la bête. Le résultat est parfois saisissant en matière de dynamisme et de précision de la pose. Nous sommes donc loin des renards difformes et poussiéreux des vieilles vitrines de sciences naturelles (que j'affectionne tout autant ceci dit - d'ailleurs, petit hommage ému à un des plus vieux requin empaillé : ici).

Alors, toi aussi tu rêves d'une girafe dans ton salon? Nous te proposons en exclusivité le "Snul Kit © Émir du Qatar de Wallonie" (avec en bonus un essuie blanc brodé de chicons -une serviette blanche brodée d'endives-, un rouleau de gaffa pour le faire tenir sur ta tête et un baril de pétrole anti-stress portatif). Attention, prévoir une hauteur de plafond suffisante  (elle mesure près de 5m) et 52.000 €.

En musique


Et parce qu'un peu de musique ne fait jamais de tort, voici l'étrange histoire de Philippe B. entre les mains d'un taxidermiste:

mercredi 13 avril 2011

Taxidermie un an après (part 1)

I haz a taxidermia monomania. 
C'est clair.Ça ne se soigne pas. Enfin pas très bien. Mais cela s'entretient.

Un an (quasi) après mon premier post sur le thème, je fais donc le point sur le sujet. En effet, il y a peu, grâce au conseil éclairé d'un ami, j'ai eu la chance de découvrir les collections fabuleuses de Pierre-Yves Renkin, taxidermiste de nos vertes contrées. Et comme les bonnes trouvailles ne viennent jamais seules et que mes amis sont particulièrement bienveillants en ce qui concerne mes monomanies, j'ai eu droit à une deuxième promenade aux trésors juste à deux doigts de chez moi.

*is so fucking happy she could shit rainbows*
*petits bonds de joie et sourire béat*


Collection d'un taxidermiste

Décor n°1: le petit musée communal de Woluwe-St-Lambert. Quatre pièces en cabinet d'amateur, peuplées par les collections du sieur Renkin (et certaines de ses réalisations personnelles).


Taxidermiste : un métier, une passion par Zoomin_France


A l'entrée, à côté d'un rhino sculpté et d'un profil d'éléphant, un documentaire tourne en boucle et nous met dans le mood : "Esther Forever" (réalisé par Richard Olivier) ou le portrait d'une septuagénaire vivant avec sa sœur et ses chiens empaillés. Tout un programme, et un sacré personnage, aussi dure et fragile qu'un hamster lyophilisé.

La pièce suivante nous présente une série de sculptures et dessins anatomiques, dont un magnifique escargot d'environ 1m de long, en plâtre, avec son intérieur exposé au grand air (pour montrer aux petits nenfants de l'ancien temps comment sont faites ces bêtes-là, sans devoir les triturer du scalpel parce que ça fait des taches). Puis la même chose avec des humains, des araignées, des yeux (n'oubliez pas de faire la liaison - ndgm*), etc.

*ndgm : note de Grammar Nazi, qui passait par là et voulais faire son chieur malin
 
ce n'est pas celui-là mais ça y ressemblait

 Après ces explorations anatomiques, place aux fleurs, oiseaux et autres champignons. Là, je tombe en admiration devant un pare-feu composé d'une sorte d'arbre (genre arbre généalogique) sur lequel sont placés des oiseaux-mouches empaillés (ça fait quoi, 3 ou 4cm ces machins-là, et donc remplis avec un demi brin de paille en gros, je ne vous dit pas le travail de précision). Le tout est donc placé entre deux vitres et posé devant le feu ouvert. Ça vous rejoue L'Oiseau de Feu en direct tous les soirs et ça tient chaud en prime. Non, sincèrement, un pur chef-d'œuvre, un travail d'orfèvre. Une autre version était même animée et sonore (elle est visible sur la vidéo).

Dans la dernière pièce, d'autres surprises nous attendaient. Des crânes sculptés, des reconstitutions de systèmes nerveux en papier mâché (je veux faire la même chose en dentelle - ndlr), le squelette d'un oiseau-éléphant, un bébé singe momifié (il semblait encore vivant), etc. 
Et puis les grenouilles... parfait exemple de taxidermie anthropomorphe. Dans une vitrine une vingtaine de grenouilles sont présentes : accoudées au bar, jouant au billard, tapant la carte ou buvant un verre... L'ensemble est ancien (époque victorienne si mes souvenirs sont bons) mais magnifiquement restoré. Les pauses sont dynamiques et l'ambiance est vraiment bien rendue. Pour peu on sentirait la bière et la cigarette.

le dodo d'Alice (ill. J. Tenniel)
Tous ces éléments font partie de la collection personnelles de Pierre-Yves Renkin.  Mais une des pièces maitresse de l'exposition est sa reconstitution du dodo de l'île Maurice. Il aura fallu de la patience et une quantité impressionnante de recherches, pour rendre au mieux ce qu'a dû être cette sorte de pigeon géant aujourd'hui disparu. 


Avec cette exposition, Pierre-Yves Renkin m'a emmenée dans un monde étrange digne de l'Imaginarium du Docteur Parnassus. Ce mélange de curiosité, de bizarre et d'anecdotique, d'histoire fabuleuse et d'objets improbables continue à me subjuguer, c'est certain.


Allez, hop, encore quelques images pour la route.