Parfois, l'écriture d'un article trop ambitieux peut vous foutre l'envie d'écrire à zéro. Ça a été mon cas ces derniers mois. J'ai reporté encore et encore la suite et fin du dernier opus, avec comme conséquence la mise de côté du blog tout entier.
Cela doit cesser, qu'on se le dise! Faisant donc fi de mes promesses de vous parler de la littérature cyber/steam/stone/diesel/post-nano/etc-punk, je retourne à mon clavier pour de nouvelles aventures. (Où ça un poney?)
Ceci dit, vu que j'ai quand même des scrupules à laisser un article non-abouti, je conseille à ceux qui désireraient approfondir le sujet pré-cité de le wikipédier en anglais, ils auront de la lecture (et t'es fière? ben quoi, c'est vrai!).
Sinon, en passant, un petit hommage. Parmi les personnes qui m'ont décidée à me foutre un coup de pied au cul remettre à la tâche, il y a, dans le désordre :
- Mademoiselle Catherine (qui continue envers et contre tout son Magnifique Blog),
- Castor et Pollux (qui l'a laissé aussi laissé un peu de côté mais pour des raisons valables, elle),
- Nain Wok (♥NDLA) (qui gagnerait à reprendre le sien - non je ne fais pas un appel du pied - bon je me rends compte qu'en fait c'est fait et que je ne le savais pas- sorry Hon),
- l'internaute mystère qui, d'après mes statistiques, est arrivé sur mon blog en tapant sur google (je cite) "air d'accordéon balai goude ouverture jo d'albertville" (vous pouvez vérifier, si si , le premier résultat c'est mon blog!),
- les quelques potes que ces articles font rire/sourire/froncer les sourcils/perdre un quart-d'heure précieux, etc.
Tout ça donc pour dire merci et attendez encore un jour ou deux (allez, trois max), j'arrive, j'arrive.
Ça y est, c'est l'hiver. Nos petons se teintent en bleu, et nos fesses aussi, à force de glissades incontrôlées. Il est donc temps de réagir et de remplacer Docs et escarpins par des chaussures plus adaptées. Mais que mettre?
Petit florilège en direct from teh Interweb :
Les chaussures à clous (ma première piste) se retrouvent depuis les temps anciens et partout dans le monde. Celles-ci, utilisées par les fakirs hindous en pélerinage ont malheureusement les clous du mauvais côté. De plus, elles craignent un peu côté chaleur. Definitely NOT good.
photo by Erwin Olaf
Je reste donc sur mon idée et trouve cette paire de sandales de Geisha SM. Elles ont les clous dans le bon sens cette fois. Et si on regarde bien, il s'agit même de vis, ce qui permet une adhérence encore meilleure. ONE POINT. Mais bon, question look, c'est quand même un peu trop roots.
Chain Shoes by Tove Jansson and Per Emanuelsson
Autre piste, faire comme avec les pneus des voitures : mettre des chaines. Cela donne ça :
by Lisa Carney (http://lisacarneydesign.com/about)
Autre possibilité, la version glisse. Quitte à jouer les pinguins sur la banquise, autant le faire avec élégance. Et vous pourrez en prime les réutiliser pour vos vacances aux Caraïbes.
Née avec les années punk, j'ai principalement porté la crête étant gamine. Décor : une salle de bain, un canard en plastique (masqué par mes soins au marqueur à alcool), des spikes façonnées au Dop' Pomme verte, et j'étais parée pour une suite de batailles mémorables contre mon gant de toilette, carnivore de surcroit. Bref...
Tout ça pour vous dire que je comptais vous parler punk. Mais ne vous attendez pas à une rétrospective "Inrock' style". Ne vous attendez pas non plus à ce que je vous parle musique, d'ailleurs. Car Punk is Everywhere (voilà pour le fond sonore)... et c'est donc dans le monde littéraire et ses dérivés que je vais fouiner pour vous à la recherche du petit punk perdu (pauvre petit punk qui a perdu sa maman) - je divague, je divague-. Bon, titre :
Cyberwhat?
Parce que les punks, ça crie, c'est sale, ça a des pantalons tout troués, du métal plein la figure et des épingles à nourrice qui piquent. Chacun sait ça. Eh bien non ma bonne dame! Pas forcément.
Je m'explique.
Un jour, une série d'écrivains de science-fiction pas forcément juvéniles ont décidé de faire évoluer leurs anti-héros marginaux dans un monde de super-technologie dominé par un système aux relents totalitaires (waw, t'as vu la phrase?, c'est presqu'aussi bien que du Eco). Et vu que le style littéraire changeait plutôt des space operas de l'époque (ah oui, on est au début des années 80), les critiques (surtout un; il s'appelle Dozois, même) ont regroupé ça sous la charmante appellation de cyberpunk. Pourquoi? Parce que c'était plus crade que Star Treck mais aussi technologique que StarWars. En gros. Puis surtout parce que bon, quand même "cyberpunk" ça le fait!
Future is now!
Ces histoires se déroulent donc le plus souvent au fin fond d'un paysage urbain incrusté de technologie de pointe et baigné dans une sorte de marécage post-nano-électronique recyclé (rejoignant en cela le "do-it-yourself" punk , d'ailleurs, en passant). On est donc assez loin des extraterrestres vengeurs ou des invasions spatiales. Ici, le futur n'est plus une projection. On y entre de plein front, sans pincette ni explications. Ça pue donc le néologisme à toutes les lignes et il faudra vous y faire. Comment, vous ne savez pas ce qu'est le "loglo" (alors cliquez ici), ni un "exo en polycarbone" (ici) ? Eh bien dans cet univers, tout le monde sait ça, donc on ne va pas prendre le temps de vous donner le mode d'emploi. Normal. Donc cher lecteur de cyberpunk, assimile-toi vite ou va lire du Oui Oui! En gros. Le héros vit bien comme ça, on ne va pas te privilégier parce que tu as payé 6euros pour lire ses aventures. Quand-même.
Résultat : un sentiment d'étrangeté et d'immersion à l'arrache. Un peu comme les premiers instants où l'on se retrouve tout seul dans une foule au milieu d'une ville à l'autre bout de la planète, mais en plus hard. Alors on aime ou on n'aime pas. Moi, j'aime ça me plait (je précise maintenant)!
Et en guise d'envoi, comme le dit Bruce Sterling :
“Anything that can be done to a rat can be done to a human being. And we can do most anything to rats. This is a hard thing to think about, but it’s the truth. It won’t go away because we cover our eyes. That is cyberpunk.”
(dans le prochain post- dont la date de parution est encore largement indéterminée- nous verrons que les auteurs et lecteurs ont tellement kiffé le genre qu'ils ont décidé de le décliner à toutes les sauces - même wazabi? Ca, faut que je vérifie...)
J'aime les listes. Point. Ça me fascine, me rassure, m'emmène, m'emporte, m'hypnotise, me ... ( arg, forcément)
Mademoiselle Catherine aime aussi les listes (visiblement). Et notamment les listes d'automne (et celles d'été, et d'hiver, et.de livres, et de butin de soldes, et de joueurs de foot et... arg encore!)
Donc, consternée de voir mon blog si soigneusement délaissé depuis la mi-aout, je me suis remise au clavier afin de répondre à Mademoiselle Catherine qui se demande ce que nous on a prévu pour nos prochaines semaines automnales.
Alors, dans le désordre et de manière non-exhaustive : - un duo danseuse contemporaine/danseur de hip-hop à créer - un spectacle à danser la nuit sous les ponts en octobre - London, me voici (Bruxelles aussi d'ailleurs, promis) - une pile de livres commencés à terminer (dont "Les Bienveillantes" - et rien que pour celui-là, il y a du boulot! Catherine, tu me comprends je pense) - une formation en Production Théâtrale prometteuse d'adrénaline - des brols en masse à descendre dans ma cave - des concerts à savourer - des brelans de Dames à partager - un Valet de cœur à aimer - entretenir mon anglais (non, je n'envoie pas de pension alimentaire à Fink, ni à ... bon vous avez compris) - améliorer ma technique à l'épée chinoise - préparer du thé dans une jolie théière - s'envoler dans des discussions sans fin sur les effets du paradigme scientifique - se promener au bord de l'eau dans le vent - boire un petit verre de cognac (ou deux, de préférence devant un feu de bois) - faire du popcorn (done)
hmm c'est déjà pas mal!
Et pour poursuivre cette aventure en [mode tiret demi-cadratin], je vous propose de vous perdre dans les méandres savoureux d'un site entièrement dédié aux listes : ECHOLALISTE.
Cela fait des années que vous avez adopté la mode chemise froissée et relégué votre fer à repasser au fond de votre penderie? Qu'à cela ne tienne! Cet ustensile d'un autre âge a bien des ressources inexploitées et peut (enfin) vous être réellement utile. En effet. Qui n'a pas trouvé Johnny Depp "so cute" en tablier à fleur dans "Benny and Joon" (pas vous? ça ne fait rien, c'est juste pour introduire le sujet et faire un peu genre j'ai vu des films), mais avez-vous déjà tenté, comme lui, le croque-monsieur au fer à repasser? hein?
Eh bien moi non plus, mais d'autres l'ont fait pour nous! Et, d'après l'expérience de certains internautes, la recette est à modifier légèrement pour s'assurer un doré homogène et une croustillance agréable. Voici donc la recette en images rien que pour vous: ici
Mais ça va plus loin, vous pouvez encore maximiser votre gain de temps. Enfin, du moins, si vous possédez un lave-vaisselle (ce qui n'est pas mon cas, je fais la vaisselle avec mes petites mains). En effet, le mode de cuisson révolutionnaire que je vais vous présenter s'occupe à la fois de votre vaisselle sale et de la cuisson de votre repas du soir. C'est pas beau ça? C'est encore mieux que le Cuit Vapeur Gourmet de Télé Achat!
Mais quel est donc le secret de ce mode de cuisson révolutionnaire? Le voilà :
Ajoutons seulement que d'autres gentils cuisinier, à l'âme plus écologique, cuisent leur saumon dans un lave-vaisselle rempli, avec savon et tout le bazar! (si c'est fermé bien hermétiquement, ça marche, sinon vous vous lavez les dents en même temps, ce qui commence à faire beaucoup de choses à la fois, vous en conviendrez).
Tant que je suis dans une passe "Bienvenue au pays du Soleil Levant", et étant donné mon activité de danseuse à temps partiel (cf l'intermède précédent), je ne pouvais pas passer à côté du phénomène Butô, ou butoh (comme vous voulez). Parce que si si (non! on se tait svp...) j'ai même réussi à trouver un lien avec ma thématique initiale : la langue française. Vous verrez ça en temps voulu. Bon ok, je vous l'accorde, c'est un peu tiré par les cheveux. Mais les gars de Sankai Juku n'en ont pas et donc ne m'en voudront pas. Donc j'assume le côté prétexte et entre dans le vif.
Au départ...
Donc au départ, les japonais avaient le kabuki (suivez un peu les gars!). Mais le kabuki c'est quand même très très ancien et du coup assez figé au niveau thématique. Et entre temps, il y a eu Hiroshima. Et Hiroshima, c'était pas de la roupie de sansonnet, comme tout le monde le sait. (là, j'aurais pu par contre vous faire une petite parenthèse sur l'origine de l'expression "roupie de sansonnet", qui n'a de rapport ni avec le fric d'un indien ou d'un indonésien, ni avec un volatile quelconque, comme tout le monde ne le sait pas, mais c'est très bien expliqué ici).
Hiroshima donc. Les codes du théâtre et de la danse traditionnels ne suffisaient pas à rendre compte de ce type d'horreur et de ses conséquences. Et il y avait un besoin pressant d'une nouvelle identité artistique et culturelle. Besoin de se positionner par rapport au passé, mais aussi par rapport au présent et à la forte occidentalisation du Japon. Le terreau était donc cuit.
Alors, tadaaaaaam, il y a eu un gars, dans les années 50, Tatsumi Hijikata il s'appelait. Il aurait bien pu être le futur père d'un adolescent chanteur de Visual Kei parce que sa bibliothèque était pleine de livres d'auteurs français. Et pas des moindres : Jean Genet, le Marquis de Sade, Antonin Artaud, Lautréamont... pas de la petite bière quoi (voilà voilà voilà...le lien thématique, c'est fait. Quant à l'origine de l'expression sus-évoquée, tant qu'on y est, c'est là). En plus, il avait fait des stages avec des danseurs occidentaux et s'en était retrouvé tout retourné. Alors, un beau matin devant son thé fumant, il a décidé de dénoncer la décadence des valeurs ancestrales et la supercherie des modernités (pour les références, zavez qu'à googler). Et vu que dans ce domaine il y avait de la matière, et comme son truc c'était la danse, et bien il a commencé par là pour foutre un peu le bordel. Normal.
Pour tout vous dire, au départ, le terme butoh était utilisé pour parler des danses importées de l'occident comme le fox-trot, le ballet ou encore le tango. Du coup, Hijikata, qui voulait indiquer que sa danse n'avait rien à voir avec ce qui se faisait à l'époque au Japon, a utilisé le terme "butoh" pour ses trucs à lui. Mais en même temps, ce qu'il faisait était qd même vraiment plus dark que le fox-trot. Donc il a rajouté "ankoku" qui signifie "extrêmement sombre". Comme ça on était prévenu et il n'y avait pas de raison d'appeler le service après-vente.
Et il avait bien fait, parce que les thèmes qu'ils proposaient étaient quand même tout ce qui était inmontrable en public à l'époque : sexe, mort, maladie, ... Mais bon, vu que l'impensable s'était réalisé, il fallait marquer un grand coup et montrer aux gens qu'ils ne vivaient pas dans un monde peuplé de petits lutins. C'est comme ça qu'est né Kinjiki, en 1959 : performance sans musique (excepté un air d'accordéon au début et à la fin), sans décor, et traitant des thèmes de l'homosexualité et de la pédophilie, avec un poulet étouffé par les cuisses d'un des danseurs et des tas d'autres trucs du même acabit. Considéré comme iconoclaste, il fut banni de la All Japan Modern Dance Association et considéré comme un "danseur dangereux" (sic).
Mais il n'en resta pas là. Et avec un pote à lui, Katzuo Ono, ils allaient construire les bases de ce qui allait devenir un nouveau langage chorégraphique au Japon, and all over the world. (Katzuo Ono, c'est le gars qui se fend la gueule sur la photo ici à côté).
Génération buto
Alors à quoi ça ressemble au final, cette "danse des ténèbres"?
Tatsumi Hijikata s’inspira des gestes quotidiens des paysans dans les rizières, des femmes âgées ou encore des prostituées, mais aussi d’une de ses sœurs handicapée pour façonner le corps du Butô : pieds en-dedans, bassin près du sol, visages grimaçants, yeux révulsés, corps recroquevillés. (réf.)
Vous imaginez des gars (la plupart du temps) et des nanas (de plus en plus quand même) tout peints en blancs, les cheveux rasés (enfin pas pour les filles, parce que aaaah les cheveux des filles... enfin demandez à Toto, il vous expliquera mieux que moi), et avec presque pas de costume. C'est pas tout le temps comme ça, mais souvent quand même... c'est ce qu'on appelle une tendance. Leurs performances consiste à gigoter comme des épileptiques fatigués en faisant grimacer tout leur corps, jusqu'aux doigts de pieds. On dirait en quelque sorte de grands bébés qu'on aurait plongés vivant dans des bocaux de formol, puis filmés dans leur lente agonie par asphyxie avec une caméra 120 images/seconde (arrêtez de ricaner svp, ça va attirer l'attention des voisins). Ou pour les cinéphiles courageux, c'est du Enter the Void, avec les couleurs qui flashent en moins (là c'est surtout une private joke).
(parenthèse) Bon, après ça, on va encore me dire que je descends tous les sujets que j'évoque. Ce qui est faux! Ceux qui me connaissent savent que je ne vanne que les gens que j'aime. Et donc si je prends la peine de traiter un sujet, c'est qu'il me tient à cœur au minimum, voir me fascine au plus haut point (fin de la parenthèse)
Donc, le butoh, ça n'est pas fait pour vous changer les idées au milieu d'une semaine cafardeuse, pour cela, y a Dr Who par exemple. Ca fait grincer les dents, c'est ironique voire caustique, dérangeant, rugueux, monstrueux ou grotesque. Un peu comme si on avait taxidermé les oiseaux du lac des cygnes. If you know what I mean.
Petite tournée des grands ducs :
Tout d'abord, Carlotta Ikeda. C'est un peu la grande sœur du genre. Une de ses particularité est d'avoir créé une compagnie composée entièrement de femmes (ce qui n'est pas courant dans le butô, contrairement à la plupart des styles en danse) : Ariadone. Dans la vidéo qui suit, elle est encore dans le "pure style".
Par la suite, elle prendra des libertés et ajoutera légèreté et humour à ses compositions, avec une dimension visuelle plus ludique. Plus que la critique de la danse traditionnelle orientale et occidentale, c'est leur essence qu'elle va tenter d'atteindre en les interrogeant.
« elle est capable de se métamorphoser en une figurine de cire, en marbre, en terre, en insecte, démon, sorcière, chien, bébé, cadavre. Son sourire est le sourire d'un fantôme, d'une vieille femme, d'une poupée, d'une pierre, d'une jeune fille, d'un vent ; la solitude d'une âme lorsque toutes les créatures se sont tues devant le mystère de l'existence, le tremblement du néant de celui pour qui le sourire est la seule résistance possible » (Hijikata - en fait là il ne parlait pas de Carlotta, mais ça s'applique bien à elle aussi, alors...)
Autre Compagnie super connue, Sankai Juku. Comparé au côté dépouillé et brut des "puristes", leur scénographie et le travail sur la lumière sont particulièrement travaillés, ce qui donne un côté plus fantastique à leurs spectacles. Toujours superbes, leurs chorégraphies sont de la pure poésie en mouvement :
Ils ont vraiment contribué à la propagation du butoh, en le rendant moins abrupt et par là plus digeste pour un public non-averti. De nombreuses créations se sont d'ailleurs calquées sur leur esthétique.
Par exemple, 0.618, la première Cie de butoh mexicaine (extrait de Huesos Rotos ici).
Mais bon...
Alors c'est vrai que parfois, mes bornes ont des limites. Et je me demande si ce que j'ai devant les yeux ne tient pas avant tout de la simple reproduction de procédé pour le plaisir de vouloir choquer. Et le fait est que ça ne choque même plus. C'est juste gonflant. Le butoh n'est pas une danse codifiée comme le ballet classique ou les danses de salon. Justement.
Parce que bon, ce qu'on oublie, c'est que dans les années 20, Mary Wigmann faisait déjà ça finalement :
et là je laisse la conclusion à Marc Maurice :
Pour moi la danse est un art de vivre. Sans danse, je ne vis pas. Sans vie, je ne danse pas. Je me suis très vite rendu compte que la danse contemporaine avait de gros problèmes. Il a fallu faire un coup de balai. Je vous rappelle que ça fait 600 ans que l'on danse en rythme sur des mélodies. Alors j'ai dit zut! (Marc Maurice Bejard, à propos de son spectacle Arythmie)
Donc, les japonais sont des experts en hybridation improbables, et ça ne s'arrête pas aux devantures des magasins et au choix des ingrédients pour leur ramen de midi. Parce que, l'air de rien, les nippons font également de la musique à leurs heures perdues. Et des heures perdues, ils n'en ont pas beaucoup, alors il s'agit de les remplir avec panache. Et ils font fort, encore une fois.
Kabuki rock
Au commencement, les japonais avaient le kabuki. Mais ça ne leur a pas suffit.
Alors, petite parenthèse pour ceux qui n'ont pas envie de lire tout l'article wiki. Le kabuki est une forme traditionnelle de théâtre japonais qui accorde une place très importante aux costumes, maquillages ainsi qu'à un jeu scénique à la fois spectaculaire et extrêmement codifié. Les acteurs sont presqu'exclusivement masculins même pour les rôles féminins, interprétés avec une androgynie souvent déconcertante. Les représentations peuvent durer une journée. Ce qui pourrait nous sembler un peu long(à côté de ça "Enter the Void" de Gaspar Noé, c'est de la roupie de sansonnet). Mais pour eux, ça va . Voilà. En gros.
Donc le kabuki, c'est bien, mais c'est pour les vieux. Alors dans les années 80, une série de petits délinquants juvéniles qui venaient d'user leurs oreilles sur des tubes de Kiss ont décidé de faire plein de bruit en en foutant plein les mirettes des spectateurs. Du kabouki pour les djeuns en quelque sorte. Parce que se déguiser, c'est gai même quand on n'a plus 8 ans. Et que se la péter à donf devant plein de monde, ça défoule. Et se défouler, ils en ont bien besoin.
Ça a donné ça.
Sur le coup, ils ne se sont pas foulé pour le nom du groupe. Mais ils avaient déjà passé tellement de temps à encoller leurs crêtes qu'on pouvait bien les excuser. Dix ans plus tard, alors qu'ils s'appellent désormais les "X Japan", un journaliste crée un nouveau sous-genre au J-rock à partir de leur slogan "Psychedelic violence crime of visual shock" : ainsi est né le Visual Kei.
Et en tant que produit jap', le Visual Kei ne déroge pas à la règle : y a du mélange improbable sous roche. Tout en restant autour de la sphère rock, le Visual Kei se ballade ostensiblement entre glam, pop, métal, punk, hardcore voire hip hop. Leur point commun est l'accent porté sur l'identité visuelle du groupe, poussée à l'extrême. Fringues, maquillages et jeu de scène déploient des trésors d'extravagance et partent explorer les univers les plus divers. En veux-tu plein les yeux? En voilà. Et même pas peur : la peur c'est pour les faibles.
Ok, c'est bien beau, mais et le français dans tout ça? Il arrive, il arrive.
En effet, on ne sait pas trop pourquoi, des tas de groupes japonais ont décrété que le français donnait un air savoureux à leur musique. Peut-être à cause du pain.